Suivez-nous

Le château de l’Empéri

Un château, toute une histoire !

Sur les derniers contreforts de la Trévaresse, au sommet du rocher du Puech se dresse la forteresse féodale de l’Emperi. Situé au cœur même de la ville de Salon-de-Provence, il occupe une position stratégique, dominant toute la plaine de la Crau.  Les premières étapes de construction datent du Xème siècle, où, dans une charte datée de 975, apparaît la première mention d’un « Castrum de Sallone », désignant le château. Jusqu’au XIIème siècle, les empereurs romains-germaniques y séjournent, d’où l’origine du nom du château, l’Emperi (l’Empire).

Dès le XIIème, les archevêques d’Arles le transforment en une forteresse qui ne tarde pas à devenir leur résidence préférée. C’est la raison pour laquelle il est rénové entre 1219 et 1275, période pendant laquelle la ville de Salon connaît l’apogée de sa prospérité au Moyen Âge.

C’est au XIIIème siècle, époque où les grandes villes sont en plein essor, que le château devient le monument que l’on connaît aujourd’hui. Au siècle suivant, plusieurs évènements secouent la Provence

En 1348, la peste noire décime la population et les guerres civiles dévastent la région. Le château subit alors plusieurs destructions et sièges. Au cours de ce siècle, le château est modifié une nouvelle fois afin de renforcer ses défenses. Le Pape Grégoire XI, fuyant la peste, y trouve un refuge momentané.

Entre le XIVème et le XVIème siècles, le château prend son aspect quasi définitif. D’abord avec le cardinal Pierre IV de Foix, qui embellit la résidence, puis avec l’archevêque Jean Ferrier qui, pendant la Renaissance, fait restaurer le château et le dote de la belle galerie de la cour d’Honneur.

Le XVIème fut pour la Provence, comme pour tout le Royaume un siècle de guerres civiles. Le château fut assiégé plusieurs fois. Henri d’Angoulême, duc de Vendôme Grand Prieur de France pour l’ordre de Malte, nommé gouverneur de Provence par le roi, apporte des modifications aux appartements.

En 1580, la Grande peste décime une partie de la population de Salon et le château connaît quelques modifications mineures destinées à le mettre en état de supporter de nouveaux sièges. A partir du XVIIème siècle, le rôle militaire du château est terminé. Il demeure la résidence des archevêques d’Arles, mais il est également utilisé par la ville pour y recevoir. Ainsi, c’est dans le château que les Consuls de la Ville de Salon accueillent le jeune Louis XIV.

En 1791, le château est vendu comme bien national et acheté par la Ville, dont il est, depuis, la propriété. Le dernier archevêque d’Arles, Monseigneur du Lau, est massacré l’année suivante à la prison des Carmes. Le château est transformé en tribunal de district et lieu d’assemblée de la Garde Nationale. Certaines parties sont transformées en prison. Dès lors, pour le château commence un lent déclin.

A partir des années 1830, le château est utilisé comme caserne pour y loger les troupes de passage, ce qui conduit la Ville à y faire effectuer les modifications nécessaires. A partir de 1860, une caserne est construite dans la basse-cour, qui est nivelée à 1,20 m en dessous de son niveau primitif. Le fossé qui défendait le château depuis le Moyen Âge est comblé au cours de ces travaux.

Dans les premières années de la IIIème République, en 1875, ce sont deux compagnies de dépôt des 2ème et 4ème régiments de zouaves, alors cantonnées en Afrique du Nord, qui viennent prendre garnison au château.

En 1909, le tremblement de terre du 11 juin occasionne d’importants dégâts dans Salon et endommage gravement le château. La tour du pigeonnier est abattue la même année, afin de prévenir son effondrement sur les bâtisses situées en contrebas. Elle entraîne dans sa destruction un corps de logis médiéval, baptisé salle Jean III des Baux. Pour les mêmes raisons, la tour Rostang de Cabre est rasée au niveau de la courtine en 1911.

A partir de 1920, le château cesse définitivement d’être utilisé en tant que caserne et, à partir de 1926, il commence à abriter le musée du Vieux Salon en cours de constitution sous l’impulsion de Jean Blanchard.

En 1967, le musée du Vieux Salon ferme pour céder la place aux anciennes collections Raoul et Jean Brunon, qui viennent d’être acquises par le Musée de l’Armée et mises en dépôt à Salon par celui-ci.

Un château… et son architecture

Contrairement aux autres grandes forteresses médiévales de Provence, la structure générale du château de l’Empéri est le résultat d’une longue période de construction. Pour cette raison, il constitue un précieux répertoire des formes de l’architecture militaire en Provence au Moyen Âge.

Malgré les bouleversements liés aux divers changements de destinations du monument, il est possible de se faire une idée des principales étapes de sa construction. L’utilisation très importante de couvertures de salles sous arcs diaphragmes est sans doute l’une des plus grandes originalités du château.

Les aménagements postérieurs nous ont laissé une chapelle basse sous croisées d’ogives, du XIVème siècle, ainsi qu’une galerie Renaissance et des décors muraux du XVIIème siècle, en partie masqués par les installations muséographiques.

Les découvertes récentes faites au cours de travaux montrent que le monument n’a pas encore livré tous ses secrets. La dernière étude scientifique, fondée à la fois sur l’exploitation des sources archivistiques et sur l’archéologie, a été menée en 1911 par Jules Formigé.

Depuis les années 2000, on a pu mettre en évidence la persistance de décors anciens dans le château, en particulier au-dessus de la salle dite « du jeu de paume ». De plus, au cours de travaux de rénovation ou d’examen du monument, on a pu révéler la présence de portes et de fenêtres correspondant aux aménagements du Moyen Âge et de la Renaissance, recouverts au moment de la transformation du château en caserne. Enfin, très récemment, l’une des rosaces de pierre de la chapelle castrale a été mise fortuitement à jour.

Par un passage voûté, on pénètre dans la Cour Nord, ou Cour de l’Empéri, la plus ancienne et celle qui a le plus souffert du tremblement de terre de 1909.

Aujourd’hui, elle abrite le « Jardin des simples », présentant les plantes médicinales, ainsi que les médecins de la Renaissance pouvaient en cultiver. Celui-ci a été reconstitué d’après les formules notées par le célèbre médecin et astrophile salonais, Michel de Nostredame, dit Nostradamus. Ainsi, en dehors des collections qu’il abrite, le monument peut donner lieu à des visites mettant en valeur son architecture.